La grosse critique toute neuve
Graham Joyce, L’enfer du rêve
éditions Pocket, collection Terreur (grumpf…)
L’enfer du rêve est le premier roman de Graham Joyce. Et une chose est sûre, ce type a vraiment du talent.
Car pour un premier écrit, c’est vraiment du bon. Comme dirait un critique dont j’ai oublié le nom, “Graham Joyce écrit de ces livres que l’on attend toujours, inconsciement, sans jamais les trouver”.
Au-delà des simples clivages de genre qui opposent SF et littérature générale (“il n’y a que la SF, tous le reste n’est que littérature”, comme on dit), Graham Joyce écrit d’abord sur l’âme humaine et il le fait avec une telle justesse, mais aussi une telle virtuosité littéairaire (on ne s’ennui jamais) qu’il ne peut que toucher le lecteur.
Enfin bref, pour en passer plus précisement au livre en question, c’est un roman fantastique pur jus, c’est-à-dire qu’il est bel et bien ancré dans notre monde, mais qu’il s’y passe des chose extraordinaire et inexplicables. (en plus grande quantité d’ailleurs que dans Les limites de l’enchantement, ou En attendant l’orage).
Les quatres protagonistes sont des rêveurs lucides : étudiants, ils ont appris à contrôler leurs rêves, et même à se rencontrer en rêve. Petit à petit, poussés par une excitation de groupe, ils finiront par faire des choses de plus en plus folles dans leurs rêve, jusqu’à ce que les passions de chacun transforment le tout en cauchemard… et qu’on ne puisse plus faire la différence entre le monde onirique et le monde réel, que l’on reste coincé dans une incertitude permanente. (je n’en raconterais pas plus pour ne pas gâcher le plaisir…)
La première partie est très enlevée et nous plonge directement dans l’histoire, grâce aux yeux de Lee, sorte d’anti-héros à la personnalité plate et conventionelle au travers de laquelle on pourra observer les personnalités plus marquées et plus interessantes des trois autres personnages : Ella, Honora et Brad. On ne peut d’ailleurs pas dire que les hommes ont le plus beau rôle dans l’histoire, bien que Brad soit dôté d’une personnalité très interessante mais peu fréquentable.
Comme toujours avec Graham Joyce, l’intrigue ne tient pas à grand chose, d’ailleurs le livre n’est pas très long (250 pages), mais elle est très mystérieuse et on prend plaisir à suivre son déroulement, découvrant petit à petit, avec un suspense assez bien maîtrisé, le pourquoi du comment de la situation (même si la possibilité de contrôler ses rêves n’est pas expliquée). Malgré une dernière partie qui en fait un peu trop et qui est un peu longue à se dénouer (peut-être un ou deux chapitres de trop, dûs je pense au fait que c’était un premier roman), le roman est bien rythmé, la réfléxion qui tourne autour des phénomènes de groupes (sortes d’hallucinations collectives), et des relations humaines est, comme toujours, passionante et il est impossible de prédire la fin avant les deux dernières pages. Celle-ci est d’ailleurs très intéressante, et m’a fait me poser beaucoup de questions, dont je ne peux malheureusement pas parler sans dévoiler la fin de l’histoire.
Et le style porte l’histoire merveilleusement bien, toujours aussi dynamique, simple et beau, plus particulèrement dans les dialogues.
Bref, si je me suis pas montrée assez convainquante par des arguments raisonnés et argumentés, je m’en vais remédier à cela par une bonne technique de libraire acquise en stage :
” Ce livre ? En un mot : gé – nial ! Vraiment sublime ! J’ai adoré ! Achetez-moi cette merveille tout de suite, vous le regretterez pas !”
Et je rajoutte un bandeau fluo sur lequel est indiqué cette grande expréssion classique chez les libraires en mal d’inspiration : “ma grande claque de l’année 2007 !“
(même si tout cela est un peu téléphoné, n’est-ce-pas ?)